dimanche 19 juin 2011

A mon Père - Francis Lalanne






A Mon Pere

Je danse avec les spectres et le vert de leurs flammes
Il y a si longtemps que je n'ai plus aimé
J'ai laissé tant de moi dans le ventre des femmes
Elles m'ont pardonné, elles m'ont oublié
Le miroir m'avait dit que ce monde était monde
Et je ne l'ai pas cru, je l'ai laissé tomber
Pourquoi me direz-vous ?
Cette grotte est immonde on n'y sent que des ombres
On n'y voit que du flou c'est écrit, je suis fou
Je danse et je suis triste et j'oublie le silence, et j'oublie la clameur
Pourquoi me direz-vous ?
Pardonnez si j'insiste en me posant pour vous la question du bonheur
Il était une fois, moi sans doute, ou les autres
Ceux qui m'ont traversé comme des sentiments
Voyagé dans mes yeux comme au fond de la soute
De qui j'ai peur, à qui je manque
Je me grise avant tout de ce qui m'est contraire
Et me montre du doigt tel que je ne suis pas
Et je me paie le chancre avant que de l'extraire
J'aime ! Quand il fait froid
Ce que j'ai vu des gens, cauchemar solitaire
Ne m'a donné envie ni d'eux ni de leur vie
Ni même de leur nuire, seulement de me taire
Et de vivre tout seul, comme un ver, dans son trou
Pourquoi donc revenir, et de retour sur terre
S'obstiner à chercher ce qui vaut le détour
Pourquoi ? Je ne sais pas
Le plus beau reste à faire, peut-être est-ce l'amour
Je danse avec les spectres
Il fait beau, c'est la lune
Elle sera demain, cachée par le soleil
Pleine et noire à minuit
Je l'ai lu dans les runes
Elle sera demain comme moi aujourd'hui
J'aurai l'age où Rimbaud n'a jamais pu écrire
Où Saturne a fini de manger ses enfants
C'est un beau jour pour naître, un beau jour pour mourir
Pour la dernière fois, le jour d'avoir 20 ans
Je danse avec les spectres
Au dessus des montagnes
Il fait bleu, n'aie pas peur, je suis là
J'ai grandi, je t'aime
Et j'ai trouvé le pays de Cocagne
Où tu rêves, où je suis
Je sais que tu m'attends
Partout, moi je t'appelle
Il était une fois nous deux
Tu te souviens c'était en l'an 2000
2000 et des poussières
Il était une fois nous deux
Sur le chemin, demain il fera jour
Et ce sera l'automne
Il y aura du ciel partout
Jusque l'hiver
Et nous traverserons ce miroir qui résonne
Où le monde est à faire
J'ai trois enfants tu sais
Trois filles, trois merveilles
Entre l'amour et moi il n'y a plus de mur
Seulement ce vitrail, aux escaliers de lierre
Pour aller vers l'azur
Un jour, nous nous verrons
Comme au temps des balades
Nous nous retrouverons comme au temps des copains
D'où nous ne serons plus morts ni vivants ni malades
Nous nous retrouverons, enfin nous serons bien
Il y aura du vent dans les cheveux des anges
Il y aura de l'or jusqu'après le matin
Il fera ce jour là papa tu te souviens
Où tu devins mon père et moi votre mélange à maman et à toi
Souviens toi souviens toi
Je sais que tu m'entends, je sens que tu es là quelque part
Dans les songes il y a ces moments dans lesquels tu reviens
Il y a ce passé dans lequel
Je me plonge comme dans l'océan
Comme dans un jardin,
Lorsque je t'aperçois
Ces moments où j'allais à la pêche avec toi ramener du poisson comme un grand
A mes frères, papa ne l'oublie pas
Quand tu seras lumière
Quand tu seras là-bas, papa
Ne l'oublie pas...
Ne m'oublie pas...


©Francis Lalanne


A mon Père

©Patricia M.00038155

4 commentaires:

  1. C'est beau ! Je l'aime bien.

    J'espère que tu vas bien. ☺

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  2. Merci beaucoup Maria ! Oui ça va, toi aussi j'espère ? :)
    Hier je suis allée sur ton blog mais impossible de te laisser un message, je dois avoir un problème avec mon compte Google car même ici, ça ne marche pas bien.
    Bises :)

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  3. Ce texte est une splendeur... Avec le talent que possède Francis Lalanne, je suis presque certaine qu'il l'a écrit en quelques minutes...
    Extraordinaire de beauté et de sensibilité...
    Merci Faëlivrin pour cette merveille en ce jour de la fete des pères.
    Bises
    Nathanaëlle

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  4. @ Nathanaëlle : Je pense comme toi Nath, ce texte est écrit d'un seul jet, au fil de la pensée. Et l'interprétation est aussi belle et d'une grande sensibilité...
    Bises à toi et bon WE
    Faëlivrin

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